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Inventaire des " bonnes pratiques " en Analyse Quali-Quantitative Comparée (AQQC)

Working Paper Didactique COMPASSS
Version 7 nov. 2003

Benoît Rihoux (UCL - COMPASSS), Gisèle De Meur (ULB - COMPASSS), Sakura Yamasaki (UCL - COMPASSS) et Sophie Ronsse (UCL - COMPASSS)

1. Quelques remarques préliminaires (1)

L'AQQC est encore une méthode jeune. Il est donc sans doute aisé d'y recourir de manière inadéquate… voire franchement erronée. Sans doute est-il dès lors utile de baliser les " bonnes pratiques " en la matière. Ce document, résultat de notre propre expérience, à la fois en tant que chercheurs/euses et qu'enseignant(e)s, vise donc à dresser un inventaire de ces bonne pratiques (2).

Si vous souhaitez ajouter des idées à cet inventaire, ou affiner/nuancer tel ou tel point, n'hésitez pas à le faire savoir en envoyant un courriel à G. De Meur (gdemeur@ulb.ac.be). Si vos suggestions sont jugées pertinentes, nous enrichirons ce document (en mentionnant, bien sûr, votre nom).

Ce document comporte deux sections : d'abord une série de conseils généraux, et ensuite une série de conseils plus spécifiques, suivant la séquence d'une AQQC typique. Nous espérons qu'il pourra servir de " check-list " pour ceux et celles qui s'engagent dans l'AQQC. .

2. Conseils généraux :

1. faire un usage raisonné de l'AQQC, qui peut être utilisée de différentes manières ; (cliquez ici pour une liste des fonctions existantes)

2. tirer parti des différentes fonctions du logiciel (dont beaucoup sont sous-utilisées, comme la fonction de " test d'hypothèses " (3)) ;

3. utiliser les concepts et vocables techniques avec précision, pour ne pas induire le lecteur en erreur (par exemple : une variable condition n'est pas une " variable indépendante ", etc…) ;

4. ne jamais perdre de vue la logique " configurationnelle " de l'AQQC : ne jamais considérer de manière isolée l'influence de telle ou telle condition, surtout pas dans l'interprétation des formules minimales ;

5. ne pas utiliser l'AQQC suivant une logique " presse-bouton ", mais comme un outil qui requiert des itérations, différents retours vers les cas et vers les théories ; ne pas dissimuler les difficultés rencontrées, et expliquer la manière dont elles ont été résolues ;

6. ne pas faire dire à l'AQQC ce qu'elle ne dit pas. En particulier, être prudent avant d'interpréter une formule minimale en termes de " causalité ". Les formules expriment, plus modestement, des co-occurrences;

7. dans le processus de recherche, ne pas faire une fixation sur l'AQQC (ni sur une et une seule méthode, quelle qu'elle soit). A différentes étapes de la recherche, en fonction des besoins, de la situation, du type de données, de l'objectif poursuivi, utiliser la méthode qui sied le mieux. Utiliser donc l'AQQC dans certaines étapes de la recherche, et tirer profit d'autres méthodes à d'autres étapes de la recherche, que ces méthodes soient qualitatives(4) ou quantitatives/formalisées (5).

3. Conseils spécifiques:

En suivant une séquence-type d'application AQQC :

1. choisir les cas de manière rigoureuse (véritablement selon un design comparatif) ;

2. développer une " intimité " suffisante avec chacun des cas ;

3. choisir les variables conditions de manière rigoureuse, c.-à-d. théoriquement et empiriquement informée, et en un nombre réduit (prise en compte du ratio nombre de cas/nombre de variables) ;

4. lorsque les données brutes (non dichotomisées) sont des données chiffrées, les présenter ;

5. préciser clairement la manière dont chaque variable est dichotomisée. Justifier le choix du seuil sur base d'une vraie connaissance, et non sur des critères purement techniques;

6. présenter la table de vérité, en indiquant les cas observés correspondant à chacune des configurations ;

7. si la table de vérité présente des configurations contradictoires, "résoudre" ces dernières. Il existe différents types de résolutions, voir Ragin (1987), pp113-8.

8. procéder systématiquement à quatre minimisations : celles des configurations présentant un résultat " 1 " sans, puis avec inclusion de cas logiques, et des configurations présentant un résultat " 0 " sans, puis avec inclusion de cas logiques ;

9. effectuer ces minimisations à l'aide du logiciel, et non à la main (alogrithme "exact" de Quine-McCluskey);

10. résoudre les éventuelles " hypothèses simplificatrices contradictoires " générées lors des différentes procédures de minimisation ; (6);

11. présenter (même de manière succincte) les principales itérations de la recherche (retours aux cas, retour à la théorie, affinage du modèle, etc…) ;

12. pour chacune des minimisations, présenter toutes les formules minimales obtenues au terme de l'analyse. Si l'une d'elles est finalement retenue comme meilleure, en exposer les justifications;

13. effectuer un réel retour aux cas (et/ou à la théorie) au terme de l'analyse, en s'appuyant sur les formules minimales.


(1) Même si l'AQQC est à la fois une approche et une technique, ces bonnes pratiques se concentrent essentiellement sur les questions plus techniques. Pour avoir une revue des débats actuels sur l'AQQC en tant qu'approche, voir RIHOUX B. (à paraître), "Bridging the gap between the qualitative and the quantitative worlds? A retrospective view on Qualitative Comparative Analysis", dansField Methods, Vol. 15 (2), pp.115-130.
(Retour au texte)

(2) A la réflexion, toute technique (nous pensons en particulier aux techniques statistiques) ne devrait-elle pas également se voir adjoindre une telle liste, un " code de bonne conduite " qui fasse autorité dans la communauté scientifique ?
(Retour au texte)

(3) Voir WATANABE T., "Where theory and reality meet: using the full potential of QCA by exploiting the intersection function of the QCA software. International comparison analysis about the occurence of social movement.", Communication présentée à COMPASSS Launching Conference, 16-17 Sept. 2003, Louvain-la-Neuve et Leuven, Belgique. Peut être téléchargé du site COMPASSS, section "Working Papers" : http://www.compasss.org/WP.htm ; voir aussi YAMASAKI S., "Testing hypotheses with QCA: application to the nuclear phase-out policy in 9 OECD countries", Communication présentée à 2nd ECPR General Conference, 18-21 Sept. 2003, Marburg, Allemagne.
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(4) Un bon exemple : BELL J. et LOANE S., "Entrepreneurship research in Europe:innovative methods in the exploration of internationalisation issues", 2003, projet en cours, téléchargeable à www.epi-entrepreneurship.com/doc/BELL.pdf.
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(5) Un bon exemple : BOSWELL T. et BROWN C., "The scope of general theory. Methods for linking deductive and inductive comparative history", Sociological Methods and Research, Vol.28, n°2:154-185, 1999.
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(6) Sur ces cas logiques contradictoires, voir RIHOUX B., Les partis politiques : organisations en changement. Le test des écologistes, Paris, L'Harmattan, (2001) pp.205-8.
Voir aussi VANDERBORGHT Y. etYAMASAKI S., "The problem of contradictory simplifying assumptions in Qualitative Comparative Analysis (QCA)", communication présentée à 2nd ECPR General Conference, 18-21 Sept. 2003, Marburg, Allemagne. Peut être téléchargée à: http://www.essex.ac.uk/ecpr/events/generalconference/papers/6/5/Vanderborght.pdf .
Voir aussi VANDERBORGHT Y. et YAMASAKI S., "Des cas logiques… contradictoires ? Un piège de l'AQQC résolu à travers l'étude de la faisabilité politique de l'Allocation Universelle" dans Revue Internationale de Politique Comparée, Vol.11 (1), 2004.
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"L'AQQC se prête à plusieurs utilisations: elle permet soit de présenter des données de manière plus synthétique, soit de valider ou de réfuter des modèles ou théories existants, soit encore d'élaborer de nouvelles propositions théoriques sous forme de conjectures" (p.35)
Pour plus de détails sur chacune de ces fonctions, voir pp.78-80 de l'ouvrage:

G. DE MEUR et B. RIHOUX, "L'Analyse Quali-Quantitative Comparée (AQQC-QCA). Approche, techniques et applications en sciences humaines", Louvain-la-neuve: Academia-Bruylant, 2002, p.35.
Cliquez ici pour aller sur la page info de cet ouvrage.
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Last modified: 21-Déc-2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Benoît RIHOUX, Centre de Politique Comparée

Gisèle DE MEUR, Lab. de recherche en MAThématiques et sciences humaines Geert VAN HOOTEGEM, Afdeling Arbeids- en Organisatiesociologie Peter BURSENS, Onderzoeksgroep Internationale Politiek